90’s – l’essor de la « French Touch 1.0 »
1988, l’histoire de la France va être à tout jamais bouleversée par…Margaret Thatcher. Celle-ci décide d’interdire les raves outre-manche et c’est donc tout naturellement qu’elles vont s’exporter dans notre beau pays.
Les jeunes français, à l’heure où Mylène Farmer et JJ Goldman touchent le haut du Top 50, découvrent ces fêtes électros déjantées et parmi eux, Laurent Garnier. Tout ça ne fait que commencer…
En 1995, Air, Dimitri From Paris ou les Daft Punk se préparent tandis que sort le ‘Boulevard’ de Saint Germain, encensé par la presse britannique (qui est d’ailleurs plus adepte de la French Touch naissante que ne l’est la presse française).
Ensuite, ‘Homework’ des Daft assoit le mouvement musical à l’international et chez nous. Dans la foulée, Etienne De Crecy, Cassius, Alex Gopher participent au courant.
Eric Morand, fondateur du label F Communications (avec Laurent Garnier) écrivait déjà en 1994 sur son blouson ‘We give a French Touch to House music’, c’est maintenant toute la presse britannique qui relaie ce mouvement et toutes les scènes internationales qui bougent au son d’artistes toujours plus nombreux : Alan Braxe, Agoria, Fred Falke, Lifelike, Sébastien Tellier ou encore Vitalic…
Laurent Garnier – Astral Dreams
2000’s – les labels et la « French Touch 2.0 »
En 2001, Vitalic fonde le label indépendant Citizen Records et fait signer Lady B. Teenage Bad Girl, The Penelopes…suivront. En 2002 c’est au tour de Kitsuné de se présenter, le label a fait connaître de grands artistes internationaux (Hot Chip, Boys Noize…). Mais c’est en 2003 que l’activité s’emballe avec la création d’Institubes d’une part, ce label s’est fait connaître grâce à Para One et Surkin (mais ne survivra pas et fermera en mars 2011) ; d’autre part, Pedro Winter –alias Busy P- fonde le label Ed Banger Records. L’ancien manager des Daft Punk et de Cassius fait son entrée en faisant signer Mr Flash. Feadz, SebastiAn, -feu- DJ Mehdi, Breakbot, Justice, Mr Oizo et Busy P lui-même suivront, rien que ça.
Le label Ed Banger est vraiment représentatif du chemin emprunté par la French Touch, à la fois par la variété de ses artistes : de l’electro rap de Busy P à l’électro disco de Breakbot ; et par l’univers créé autour du label. En effet, le graphisme a pris une part importante dans le label, Pedro Winter a créé une marque de vêtements ‘Coolcats’ et a laissé le design de la marque et du label à son ami So Me.
Thomas Bangalter – Rollin’ and Scratchin Live
French Touch – de l’esthétique musicale à l’esthétique graphique
La musique électronique a de tout temps cherché à rejeter le star system. En parallèle à la création des labels, les ateliers de graphistes voient le jour. Leur collaboration peut voir le jour en s’inspirant du modèle anglo-saxon, déjà prompt à mélanger les activités. Les liens entre labels, musiciens et graphistes se resserrent à l’image de H5 avec le label Solid, M/M avec The Micronauts ou encore Alex Courtès avec Cassius…
Mais ces graphistes ne se revendiquent d’aucun courant, hormis leur âge et leur période de production, seule la passion pour la musique électronique les regroupe. L’absence de cadre de ce nouveau courant musical les inspire. Désormais ce sont les flyers et les pochettes de disques qui deviennent leurs pages blanches.
Et les styles se mêlent, La Shampouineuse revisite les pubs des 70’s, Geneviève Gauckler et les M/M dessinent une ambiance pseudo enfantine alors qu’Agnès Dahan la joue faussement fashion. Les graphistes donc, refusent le mainstream à l’image de la pochette de l’album ‘Superdiscount’ – Etienne De Crecy réalisée par le collectif H5 qui reprend les codes de la publicité de consommation de l’époque pour critiquer le style international. Ce détournement empreint d’humour marque la culture du mix. A l’image des artistes qui usent de samples pour créer leur musique, les graphistes utilisent les codes déjà en place pour créer de nouvelles choses. Les clips pointent aussi le bout de leur nez, H5 pour Alex Gopher, Michel Gondry ou encore Spike Jonze réalisent des clips pour les labels. C’est une relation doublement profitable, grâce à la musique le graphisme français s’exporte, et en retour, cette nouvelle esthétique participe grandement au succès de la French Touch.
Désormais, l’artiste ne sort plus sans son graphiste, ils sont liés à l’image de Laurent Collobert alias Mister Learn qui lorsque Etienne De Crecy part sampler en studio, l’accompagne armé de ses crayons. Les pochettes sont devenues des armes de vente pour les artistes et ils n’ont même plus besoin d’inscrire leur nom dessus. Encore une fois, la pochette de ‘Superdiscount’ réalisée par H5 fait figure d’emblême.
La nouvelle génération
Quentin Dupieux alias Mr Oizo et Alex Courtès font figure de parrains dans cette catégorie. D’un côté, un ovni à la mascotte jaune Flat Eric qui débarque son électro puissante en même temps que ses films et clips complètement barrés à l’image de ‘Party People’ pour Alex Gopher.
Mais les « jeunes» ne sont pas en reste. Le graphiste So Me reste impliqué dans le label Ed Banger au même titre qu’un musicien et réalise des clips pour Justice, Kanye West ou SebastiAn.
Les collectifs eux sont en pleine forme. Megaforce formé en 2007 par 4 jeunes français réalisent des clips pour des artistes internationaux prestigieux : Madonna, Naive New Beaters, Kid Cudi ou encore Metronomy… Le collectif Division Paris regroupe des graphistes internationaux mais trois frenchies y creuse leur trou, Mrzyk et Moriceau ont clippé pour Air, Fleur et Manu pour M83 ou Etienne De Crecy et Alex Courtès fait figure ici de patron. Kavinsky, Cassius, Sebastien Tellier, Quentin Dupieux, Justice, The White Stripes…mais c’est certainement sa collaboration avec Daft Punk qui a assis son statut de superstar dans le milieu. En effet rien moins que la pochette de leur album ‘Discovery’ ou encore le design de leurs casques !
Récemment c’est le collectif Chez Eddy qui a fait parler de lui avec le graphiste Maxime Bruneel qui a réalisé un clip tout en animation flashy et fluo pour le morceau ‘Mr Overtime’ de Punks Jump Up et qui a défrayé la chronique du milieu.
Croyez nous, electro et graphisme, l’histoire n’a pas fini de faire parler d’elle…
Mr Oizo – The End
A voir, exposition French Touch. Graphisme / Video / Electro
du 10 octobre 2012 au 31 mars 2013 – Les Arts Décoratifs















1 comment
charlie says:
juil 16, 2012
Dommage de n’avoir pas approfondi les particularités du graphisme dans l’electro « french touch ». Le graphisme a toujours été très proche de la musique dans tous les styles musicaux, pas uniquement dans l’electro !